
La femme de cinquante ans n'a jamais été aussi belle. Les grandes marques de cosmétiques la courtisent avec des produits conçus exprès pour elle. Sharon Stone et Madonna, pour ne citer qu'elles, n'ont jamais paru aussi à l'aise avec leur corps et avec leurs rides. En France, Béatrice Shoenberg et Claire Chazal incarnent cette nouvelle génération de femmes qui allient assurance, beauté et séduction. Oubliée l'idée que, passé le cap de la cinquantaine, les femmes sont vieillissantes, tout juste bonnes à tricoter ou à s'occuper de leurs enfants et petits-enfants !
![]() |
« Cinquante ans ne signe pas la fin de quelque chose, souligne Sophie Cadalen, psychanalyste et spécialiste du couple,
auteur de « Inventer son couple ». Aujourd'hui, les femmes ont du temps, des envies, une certaine indépendance financière. Il y a une disponibilité nouvelle que leurs mères n'avaient pas ». |
Les ruptures après 30 ans de mariage sont d'ailleurs trois fois plus nombreuses qu'il y a 20 ans : on est passé de 0,9 % de divorces en 1972 à 4,6 % en 2002, selon l'Insee. Ces chiffres montrent le changement de mentalité des quinquagénaires, hommes et femmes. Contrairement à leurs parents, qui se résignaient à vieillir ensemble même si l'amour était mort, désormais, les quinquas préfèrent partir pour vivre autre chose, seuls ou dans les bras de quelqu'un d'autre.
La rupture reste délicate à gérer, mais elle apparaît comme une nouvelle chance de se redécouvrir et de goûter à une liberté trop longtemps étouffée par le couple. Pas étonnant que 73 % des femmes de cinquante ans et plus aient une vision optimiste de cet âge de la vie.
![]() |
Ces femmes ne vivent plus la cinquantaine comme une « approche de la vieillesse », mais comme « la possibilité
de commencer une nouvelle vie » (sondage réalisé par TNS Sofres/Fleuve Noir en octobre et novembre 2006). « Elles ont fait le bilan de leur vie à miparcours, estime Catherine Castro, journaliste et auteur du livre « À bout de couple ». Elles se demandent si ce qu'elles ont vécu jusqu'alors est conforme à ce qu'elles attendaient. Elles prennent conscience qu'elles ont été rétrécies dans leur couple, qu'elles ont été des épouses avant d'être des femmes. |
Car la sexualité est moins taboue qu'elle ne pouvait l'être quelques années plus tôt. Grâce aux traitements hormonaux, mais aussi grâce à une hygiène de vie irréprochable, hommes et femmes sont épanouis.
« Cinquante ans, actuellement, c'est le bel âge, admet Noëlla Jarousse, sexologue et auteur de « Sexualité des Seniors ». Les hommes ont moins peur de se confier à un professionnel pour des problèmes d'éjaculation précoce, les femmes osent dire à leur compagnon ce qui leur plaît. Il y a l'envie de réussir sa vie sexuelle sans pour autant aller voir ailleurs. Il y a une vraie libération des corps et des esprits ». Les cinquantenaires osent enfin « se lâcher », contrairement aux jeunes femmes de 20-25 ans, complexées par leur image.
« Le corps des quinquas est peut-être moins lisse, moins tonique, mais il est moins encombrant, acquiesce Sophie Cadalen. Le désir, si longtemps interdit, est enfin autorisé. Mais certaines préfèrent encore le sensuel au sexuel. Il n'y a pas déterminisme. Ce qui compte, c'est le dialogue avec son partenaire, et le respect ». Ces femmes-là trouvent assez rapidement l'amour, sans forcément l'avoir cherché, car elles sont ouvertes, bien dans leur tête.
Ce qui n'est pas forcément le cas de tout le monde.Car le cap des cinquante ans n'est pas toujours idyllique. Nombreux sont ceux qui, une fois acceptée la rupture, souhaitent au plus vite retrouver l'âme soeur, souvent par peur de la solitude.
« C'est paradoxal, constate Catherine Castro. En ce qui concerne les femmes, elles sont à la fois ravies d'être enfin libres, et en même temps elles ne s'envisagent pas hors du couple, qui reste la norme à tout âge ». Elles n'hésitent plus à s'inscrire sur des sites de rencontres sur Internet par exemple : selon une étude Ipsos datant de 2006, les seniors représentent un internaute sur cinq.
Mais pour autant, le constat est cruel : selon l'Insee, une femme a deux fois moins de chances qu'un homme de rencontrer quelqu'un passé cinquante ans. « C'est très injuste, reconnaît Florence Escaravage, fondatrice du site de conseil amoureux www.love-intelligence.com. Mais, si les hommes ont moins de mal à rencontrer quelqu'un, c'est sans doute parce qu'ils doutent moins de leur capacité à séduire. Les femmes intellectualisent l'amour, elles ne comprennent pas pourquoi leur histoire a échoué. Elles perdent confiance en elles parce qu'elles ont peur de ne plus être intéressantes, et ce repli sur elles-mêmes les coupent un peu plus des autres. Notre travail, c'est de les écouter et de leur faire comprendre leurs erreurs de jugement ».
Mais la peur de la solitude n'est pas l'unique raison pour laquelle les quinquas souhaitent se remettre en couple. Elles croient réellement en l'amour, mais à leur façon. « Les femmes ont moins de croyances qu'à 20 ans. Elles sont moins naïves, raconte Sophie Cadalen. Et elles rencontrent l'amour justement parce qu'elles sont prêtes à accueillir l'inattendu ». L'amour n'a pas d'âge, c'est bien connu, et c'est bien mieux comme ça !